Les statistiques avancées
Les statistiques avancées restent encore rares en Ligue Magnus, où l’on ne dispose généralement que de données individuelles basiques. Pourtant, le hockey moderne se lit aussi à travers le jeu collectif et les interactions entre joueurs
Ici, je propose une approche nouvelle appliquée aux Spartiates de Marseille, en analysant non seulement les performances individuelles mais aussi les dynamiques d’équipe
Chaque statistique présentée sera expliquée plus bas, afin de vous aider à mieux comprendre, interpréter et apprécier le hockey

La limite des statistiques actuelles
Le site de la Synerglace Magnus regroupe les statistiques "classiques" que l'on peut retrouver sur les feuilles de matchs.
A ce jour, les statistiques suivies sont celle de tir, but, assistance, engagement gagné/perdu, match joués, pénalités, et quelques déclinaisons comme le pourcentage de tirs convertis en but, les pourcentages en supériorité ou infériorité numérique, et le +/-.
Ces statistiques sont basiques et permettent d'avoir un regard rapide sur la performance individuelle ou collective. Cependant, actuellement peu de statistiques sont réellement utilisées pour quantifier la qualité de jeu d'une équipe, ou d'un joueur. L'une des statistiques regardées pour évaluer la performance d'un joueur est le +/- .
"Le +/- c'est comme le communisme : très élégant en théorie mais pas très bon en pratique" Rob Vollman
Pour rappel, à chaque fois qu'un joueur est sur la glace au moment d'un but marqué par son équipe, il gagne un +1, et à chaque fois qu'il est sur la glace au moment d'un but pris par son équipe, il gagne un -1.
Le +/- est alors le ratio de la présence d'un joueur lors des buts marqués et encaissés de son équipe.
Sur le papier, pourquoi pas !
Si un joueur a un +/- très positif, ca veut dire qu'il est souvent sur la glace lors des buts de son équipe, donc qu'il a un impact positif sur l'équipe, et à l'inverse si le +/- est très négatif, c'est qu'il est souvent sur la glace lors des buts encaissés !
Oui mais ...
1) Le +/- se base uniquement sur les buts, et les buts sont un évènement "rare" dans un match de hockey. Par exemple, les Spartiates ont joué 44 matchs (de 60 minutes de temps réglementaire), soit 2640 minutes. Dans le temps réglementaire, les Spartiates ont marqués 113 buts, et pris 119, Soit 232 buts au total.
Prenons comme hypothèse qu'une action collective bien construite pour mener à un but dure environ 30 secondes (et je suis gentil), soit le temps de contrôler le palet, passer la zone neutre, entre en zone offensive, se démarquer, faire une passe et marquer. Alors pour les 232 buts de la saison vus par les Spartiates, cela représente 116 minutes de jeu. Oui, un joueur n'est jamais présent sur l'entièreté des buts de la saison, mais même si c'était le cas, le +/- va "juger" un joueur sur 116 minutes sur un total de 2640 minutes, soit environ 4,4% de son temps de jeu.
2) Le hockey est un sport ou les changements se font en cours de jeu. Souvent, après une séquence défensive, et une récupération de palet, les défenseurs changent de ligne. Imaginons que l'un des défenseurs fasse un bon pressing et récupère le palet. Il envoie à un attaquant qui va mener l'attaque, puis va changer sur le banc. Si l'attaque se déroule en contre, alors l'attaque va vite monter le palet, peut-être faire une passe rapide et marquer. Or dans ce cas là, c'est le défenseur qui sera rentré entre temps qui aura le +1 du but, alors que c'est bien le défenseur sortant qui a initié l'action avec la récupération du palet.
3) Le +/- ne fait absolument pas la distinction de l'état du jeu (égalité numérique / power-play / infériorité). Prenez par exemple la saison 2025-2026, où Petersson (53) a quasiment débuté toutes les séquences d'infériorité numérique des Spartiates, alors qu'il n'a quasiment jamais joué les séquences de power-play. S'il est présent sur les infériorités, c'est que son apport défensif est important. Mais en prenant un but, il va faire baisser son +/- , alors qu'il n'aura pas l'occasion de le faire remonter en participant au power-play. Son +/- de saison est de -14, mais Marseille a pris 29 buts en infériorité numérique et est avant-dernière de la ligue dans le pourcentage d'infériorité sans encaisser de but. Pas sur que seul Petersson soit responsable de tout ça.
D'une manière générale, l'analyse statistique du hockey sur glace peut difficilement se baser sur les buts, car trop rares. Ainsi, certaines statistiques et certains modèles ont commencé à se développer, en prenant en compte les tentatives de tirs des équipes.
Les statistiques "Volume de tir"
En plus des statistiques classiques déjà suivies, de nouvelles sont apparues afin de mieux quantifier le volume de jeu offensif d'une équipe
Corsi : Un Corsi est nom utilisé pour définir un tir réalisé par une équipe. Que le tir soit un but, un tir cadré, un tir non cadré, ou un tir bloqué, il compte comme un Corsi.
Fenwick : Un Fenwick est un nom utilisé pour définir un tir non bloqué réalisé par une équipe. Il s'agit des Corsi sans les tirs bloqués (blockshots)
A chaque Corsi/Fenwick, est associé l'équipe qui a réalisé l'action. Si l'on s'intéresse aux statistiques de l'équipe des Spartiates, il est alors possible de décliner le Corsi/Fenwick avec la mention "Pour" lorsque les Spartiates effectuent un tir "Corsi Pour" ou "Fenwick Pour", ou bien la mention "Contre" lorsque les adversaires effectuent un tir "Corsi Contre" ou "Fenwick Contre".
Les statistiques "Qualité de tir"
Avoir une idée du volume de tir est une chose intéressante, mais il faut aussi pouvoir évaluer la qualité des tirs pris par une équipe
xG : A chaque tir non bloqué (Fenwick), il est possible d'associer une valeur, le xG , qui est le pourcentage de chance que ce tir se transforme en but. L'intention est d'estimer la dangerosité d'un tir au moment du tir, et non après l'action. Ainsi, pour un tir non cadré, on associe un xG, même si bien sur, un tir non cadré ne sera jamais un but. Par exemple, un tir en cage ouverte est très dangereux, et le fait qu'il soit après coup, non cadré n'enlève pas au danger de la situation au moment du tir.
Pour estimer la valeur du xG, plusieurs facteurs sont pris en compte, comme la position du tir sur la glace, la vitesse de déclenchement du tir, la présence d'un écran devant le gardien etc...
Lorsque l'on fait la somme de tous les xG de tous les Fenwick, il est alors possible d'estimer un nombre de buts attendus pour une équipe. En effet, si mon équipe réalise 10 tirs qui ont chacun un xG de 0,1 (soit une probabilité de 10% de devenir un but), alors théoriquement mon équipe devrait marquer 1 but.
Ainsi, lorsque l'on additionne la totalité des xG des Fenwick Pour, il est possible d'estimer le nombre de "Buts Pour" attendus pour les Spartiates.
Et, lorsque l'on additionne la totalité des xG des Fenwick Contre, il est possible d'estimer le nombre de "Buts Contre" attendus pour les adversaires des Spartiates.
Les statistiques "Sur Glace"
Le hockey sur glace est un sport collectif. Plutôt que de regarder des statistiques purement individuelles, certaines statistiques essayent d'évaluer la performance de l'équipe, lorsqu'un joueur en particulier est sur la glace. C'est par exemple le cas du +/- . Au moment d'un but Spartiate, la totalité des Spartiates est crédité d'un +1 même si certains ne sont pas directement impliqués dans le but.
On / Out (ice): Pour chaque Corsi/Fenwick, la composition Spartiate sur la glace au moment de l'évènement est notée. Ainsi il est possible de décliner le Corsi/Fenwick avec la mention "On" lorsque le joueur est sur la glace au moment du tir "Corsi On Ice", ou bien la mention "Out" lorsque le joueur n'est pas sur la glace au moment du tir "Corsi Out Ice".
Concrètement, il s'agit de faire comme le +/- actuel, mais de le faire pour chaque tir, plutôt que pour chaque but.